Le Progrès du 20 juin 2007 par Jacques Boucaud
Charles Millon rentre au bercail
Ambassadeur de France auprès de la FAO depuis 2003, l’ancien président de Rhône-Alpes quittera définitivement Rome le 31 août. Le trublion de la vie politique lyonnaise est de retour.
Charles Millon venait tout juste de rentrer de Koulikoro où il était allé dire aux responsables des Grands Moulins du Mali qu’il était prêt à réunir des capitaux nécessaires à la culture du blé dans la zone de l’Office du Niger. C’était l’un des derniers voyages officiels de l’Ambassadeur Million, passionné par ce qu’il fait.
Expatrié en 2003 à Rome par Jacques Chirac qui l’avait nommé représentant de France auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il quittera en effet son bureau du Corso del Rinascimento, à deux pas de la belle piazza Navona, le 31 août. A sa demande. Confirmation de la date lui a été donnée lundi par le quai d’Orsay. Même au cœur de la ville éternelle, tout à une fin. En attendant, l’ancien président de Rhône-Alpes devise. Très peu sur son passé, beaucoup sur son présent, un peu sur son avenir qu’il voit en partie consacré au co-développement en Afrique, « un continent d’avenir ». Millon quitte la FAO, pas l’Afrique à laquelle il va dédier un Fonds d’investissement actuellement en gestation, visant des entreprises opérant sur le marché africain, notamment dans les secteurs agricoles, agro-industriels, les ressources naturelles, les énergies renouvelables et le tourisme. C’est ce qu’il appelle « l’aventure moderne ». Ce Fonds sera basé à Paris mais Millon doit vouloir aussi travailler depuis Lyon. « L’objectif est de contribuer à aider l’Afrique à accéder non pas à l’autosuffisance mais à l’autonomie. Pour ça il faut créer un tissu de PME très dynamique. En même temps, sur le plan politique, il faut aider les classes moyennes capables de stabiliser les pays » raconte le futur-ex Ambassadeur dont le travail est salué par des diplomates africains. « Il a apporté une façon nouvelle de travailler.
Ce rôle de go-between entre Etats, collectivités et entreprises, très anglo-saxon, fut une innovation dans la diplomatie française » raconte Mohamed Bavogui, Directeur pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre du Fonds international de développement agricole (Fida). Lequel partage avec Charles Millon le sentiment que « si l’Europe ne s’occupe pas de l’Afrique, dans dix ans le Continent noir sera fini ».
Sur la politique à Lyon Charles Millon ne fait en revanche aucun commentaire – encore astreint à une réserve diplomatique – mais n’en pense pas moins.
A Rome il nous a réclamé la liste des candidats aux législatives dans le Rhône, l’a parcourue, a peigné de ses doigts ses sourcils broussailleux, en découvrant certains noms, a pris un air dubitatif à la lecture d’autres qu’il connaît bien. Avant de se replonger dans un de ces silences qui en disent long.
Assurément Millon ne revient pas à Lyon pour y donner des conférences sur le développement de la filière agricole au Burkina Faso.
Jamais réellement parti
Charles Millon est bientôt de retour à Lyon. On peut s’interroger sur le rôle qu’il jouera lors des municipales
Viré en 1998 de la présidence de la Région Rhône-Alpes, quelques mois après avoir été élu dans des conditions très controversées avec le soutien des élus du Front national, Charles Millon est une bête politique qu’on n’abat pas ainsi.
En 2003 Chirac l’expédié à Rome. Histoire de s’assurer que le terrain lyonnais à droite serait libre pour accueillir Dominique Perben. C’est une mission diplomatique que Million a choisie mais c’est Perben qui, à la sortie du Conseil des ministres le 3 septembre 2003, a annoncé à la France –certainement avec un grand plaisir – la nomination de Millon comme Ambassadeur auprès de la FAO. Pour le candidat UMP à la mairie, c’était un obstacle franchi.
Mais voilà, Charles Million est bientôt de retour et chacun de s’interroger sur le rôle qu’il jouera dans la campagne des municipales. Car une chose est acquise : Millon ne sera pas candidat aux sénatoriales dans l’Ain comme la rumeur l’a un temps laissé croire. A Lyon, il dispose d’un groupe important au conseil municipal, Unir pour Lyon (le deuxième en nombre devant l’UMP). C’est son relais dans la société lyonnaise. Régulièrement il assiste au conseil municipal, s’installe quelques dizaines de minutes derrière son pupitre puis repart, dans jamais intervenir.
Juste pour rappeler à ceux qui l’auraient volontiers vu partir définitivement à l’étranger, qu’il existe encore à Lyon.
Le temps est peut-être un peu court pour que Charles Millon constitue des listes emmenées par lui, mais il est certain que d’une façon ou d’une autre, il cherchera à imposer ses idées. Derrière Perben ou contre lui, là est aujourd’hui la question.