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Pascale DECIEUX : Le Commerce équitable, nous ne cautionnerons pas !


Le commerce équitable est un sujet délicat à traiter car, en toute bonne foi, et avec la meilleure des consciences, de nombreux Français achètent soi-disant "équitable" en pensant à la fois obtenir des produits d'excellente qualité et rendre service aux plus démunis de la planète.

Malheureusement, tout n'est pas aussi parfait en la matière. D'ailleurs, et nous sommes amusés de le remarquer, ce sont vos amis de gauche et d'extrême gauche qui sont les plus manifestement hostiles à ce type d'actions. Si nous ne partageons évidemment pas toutes les remarques qu'ils peuvent faire sur le sujet, nous en partageons néanmoins quelques unes.

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un exemple que l'on nous certifie réel, tiré justement des critiques d'extrême gauche et qui fleure bon les rassemblements du plateau du Larzac :

« Marie fabrique des chapeaux sur le plateau du Larzac. Elle les vend sur le marché à Millau. Sur ce même marché, Jacques propose des chapeaux estampillés "commerce équitable" moitié moins cher que ceux de Marie. Cette association de commerce équitable profite des faibles rémunérations et de l'absence de protection sociale des pays producteurs et joue sur la force de l'euro. Enfin, Jacques n'est pas payé : salarié du Crédit Lyonnais, il occupe son temps libre en faisant du bénévolat pour cette association. Résultat : Jacques met en faillite l'activité de Marie, avec d'autant plus de force qu'il le fait avec la meilleure conscience possible, sûr de contribuer à un monde meilleur. »

Plus fondamentalement d'ailleurs, et au-delà de ces critiques venues de gauche, le commerce équitable présente à notre sens quatre failles éminemment sérieuses qui méritent à elles seules de s'interroger sur les subventions que vous nous proposez :

- la première tient à la nature même de l'action. Pour être labellisé « équitable », l'activité n'en demeure pas moins du commerce et doit donc être soumise aux mêmes procédures que celles des subventions accordées aux activités économiques. En subventionnant ces activités nous créons des distorsions de concurrence, souvent reconnues illégales par le juge administratif. Nous contribuons, pour reprendre une formule célèbre, à transformer des associations loi 1901 sans but lucratif en des associations lucratives sans but ;

- la seconde tient à l'utilité même de l'aide. Le commerce équitable ne vise pas à proprement parler au développement des agriculteurs locaux. Il les maintient en fait dans un état artificiel de dépendance ;

- la troisième, c'est que le commerce équitable repose sur l'idée sous-jacente que le commerce serait, par nature, inéquitable. Or, il ne faut pas tout confondre. Si nous constatons tous qu'à l'heure actuelle le commerce entre les pays du nord et du sud n e revêt pas un caractère équitable c'est justement parce que nous avons créé des mécanismes néfastes qui entravent le libre échange et qui ont conduit à faire du commerce international un accord léonin entre pays du nord et pays du sud. Au premier rang de ces mécanismes, il faut bien entendu rappeler la PAC qui, en subventionnant l'agriculture européenne, empêche la concurrence de jouer pleinement avec les pays en voie de développement. Le véritable commerce est par nature équitable, encore faut-il le laisser jouer pleinement. On oublie souvent cette dimension mais, comme le souligne Jean-Yves Naudet, Professeur à l'université d'Aix-Marseille III : « dans un échange, il y a toujours une dimension volontaire : nul n'est obligé d'échanger et, s'il le fait, c'est qu'il y a trouvé un intérêt. Il y a deux gagnants dans un échange libre. Or, dans le commerce équitable, il y a l'idée que le prix de marché n'est pas un juste prix. Qu'il faut, par un mécanisme quelconque, négocier l'échange à un prix plus élevé, pour satisfaire le besoin de justice de la part du vendeur. Mais cette analyse repose sur l'idée qu'il y a une valeur objective à l'échange, c'est-à-dire que le juste prix est un résultat ». Or, la valeur du produit est toujours subjective et je cite de nouveau Naudet : « Chacun de nous accorde une valeur différente aux biens et si ce bien ne correspond pour moi à aucun besoin, à aucune nécessité, sa valeur sera nulle, même s'il a coûté cher à produire : on ne produit pas pour produire, on ne produit pas pour satisfaire le producteur, on produit pour répondre au besoin d'une autre personne. Personne ne peut donc dire à l'avance quel est le juste prix, et moins encore une instance étatique ou supranationale. Seul le marché permet de découvrir le juste prix. »


- Enfin, et dans la droite ligne de ce dernier point, le « commerce équitable » couvre souvent des activités politisées. Subventionner le commerce équitable, c'est ainsi, parfois, subventionner des mouvements contestataires qui le cas échéant détruise un restaurant rapide d'un côté et un champ de maïs de l'autre ! Comme le rappellent les économistes, « il y deux thèses qui s'affrontent dans le commerce équitable : L'un est composé de ceux qui veulent, en conscience, agir pour le bien des producteurs du tiers-monde. Ceux-là sont prêts, sur une base volontaire, à payer librement un surcroît de prix, pour aider les producteurs. Il n'y a là aucune objection, c'est librement consenti de part et d'autre et rien ne nous interdit de surpayer si nous le voulons les produits pour transférer une aide à nos frères du tiers-monde : c'est une forme de solidarité volontaire tout à fait honorable et conforme à l'éthique. Mais il y a dans ces thèses un autre courant qui, lui, camoufle mal ses arrières-pensées. Il est fondamentalement hostile au libre marché et veut remplacer le marché par des mécanismes internationaux de régulations, étatiques ou supra étatiques, c'est-à-dire par ce qui a échoué partout dans le monde : un organisme politique décidant arbitrairement de fixer prix et (ou) quantités. Et là, l'opposition au marché ne se fait pas pour de bonnes raisons, mais pour des raisons idéologiques. Ce courant-là est proche de l'altermondialisme et sous des prétextes faussement altruistes vise à détruire l'économie libre, au nom d'une idéologie. »


Que pouvons nous faire alors pour aider au développement des pays du sud ? Et bien, voyez-vous, Monsieur le Maire, au commerce équitable, le groupe « Unir Pour Lyon » préfère les mécanismes de micro-crédit.

Êtes-vous zébuphile, Monsieur le Maire ? En tant que Président du Grand Lyon, vous avez récemment visité la Grande Ile et connaissez donc son état de pauvreté. Cette expérience montée à Madagascar est extraordinaire. Elle permet le développement de l'agriculture malgache et fait passer d'une logique d'assistanat à une logique de « gagnant - gagnant ». Seul, ou à plusieurs, des « investisseurs » des pays riches achètent un zébu et le prêtent à une famille malgache. En exploitant son zébu pour cultiver la terre, en utilisant le lait des femelles, en encourageant la reproduction du zébu pour se constituer un cheptel, le paysan malgache dégage de la richesse et rembourse, en plusieurs années, avec des intérêts, le prix du zébu. Ce système, multipliable à l'infini, c'est celui du micro-crédit.

Voilà, Monsieur le Maire, le type d'aides que nous sommes tout prêts à subventionner. Quant au commerce dit "équitable", nous préférons nous abstenir plutôt que de le cautionner.






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